Fête St Jean Bosco : homélie du père Xavier ERNST

Fête St Jean Bosco : homélie du père Xavier ERNST

ÉVANGILE de Jésus Christ selon saint Marc

« Il enseignait en homme qui a autorité » (Mc 1, 21-28)

Jésus et ses disciples entrèrent à Capharnaüm.
Aussitôt, le jour du sabbat, il se rendit à la synagogue, et là, il enseignait.
On était frappé par son enseignement, car il enseignait en homme qui a autorité, et non pas comme les scribes.
Or, il y avait dans leur synagogue un homme tourmenté par un esprit impur, qui se mit à crier :
« Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ?
Je sais qui tu es : tu es le Saint de Dieu. »
Jésus l’interpella vivement :
« Tais-toi ! Sors de cet homme. »
L’esprit impur le fit entrer en convulsions, puis, poussant un grand cri, sortit de lui.
Ils furent tous frappés de stupeur et se demandaient entre eux :
« Qu’est-ce que cela veut dire ?
Voilà un enseignement nouveau, donné avec autorité !
Il commande même aux esprits impurs, et ils lui obéissent. »
Sa renommée se répandit aussitôt partout,
dans toute la région de la Galilée.

– Acclamons la Parole de Dieu.

 

 

 

HOMELIE du père Xavier Ernst

Ah… l’autorité !!! Les jeunes ne respectent plus l’autorité ! Les jeunes ne respectent plus leurs parents, leurs profs, … Crise d’autorité de la police, du pouvoir politique, du corps médical et scientifique, de toutes les institutions, sans parler de l’autorité de l’Eglise … Crise d’autorité !!!? Vraiment ???

Comme chaque jour de shabbat, Jésus passe la porte de la synagogue remplie par le peuple qui chantait les psaumes, écoutait les lectures et dormait pendant l’homélie du rabbin. Les célébrations étaient simples, répétitives, sans doute un peu monotones et ennuyeuses comme tous nos offices du dimanche matin (enfin, pas aujourd’hui, on a un évêque et un super orchestre !). Les pratiquants vivaient leur routine religieuse : ils entraient dans la synagogue, étaient fidèles aux rites et en ressortaient comme avant …

Mais, ce jour-là, ils font l’expérience d’un « enseignement nouveau ». Quelque chose de neuf ! Une Bonne Nouvelle jamais entendue ! Que dit Jésus ? Quel est le contenu de son enseignement ? On n’en sait … RIEN ! Marc ne nous dit rien de ce qu’a dit Jésus dans son enseignement ! Marc souligne seulement une chose : il parle « avec autorité », à la différence des scribes. « Avec autorité » ne signifie pas qu’il fait preuve d’une grande éloquence, qu’il fait une grande leçon de théologie, qu’il hausse la voix ou qu’il hurle en tapant sur le pupitre… Non ! « Avec autorité » parce qu’il y a une incroyable cohérence entre le geste qui suit la parole, entre le dire et le faire : « Tais-toi ! Sors de cet homme » … Une Parole donne Vie !

La question n’est plus « que dit Jésus ? » mais « QUI est-il ? Qui est ce Jésus de Nazareth qui rappelle que l’autorité n’est pas un pouvoir qui s’impose et à faire respecter, fut-il de Dieu ?! … mais « d’abord un service qui se vit dans l’exemplarité et l’authenticité » (Pierre de Villiers, ancien chef d’état-major des armées). Autorité, en latin vient du verbe « augere », qui signifie « faire pousser », « faire grandir ». Une relation d’autorité, c’est une relation qui donne Vie et qui fait grandir ! L’autorité, c’est d’abord une qualité de relation !

Quel beau hasard de la liturgie de nous offrir ce texte en ce dimanche 31 janvier, pour la fête de Don Bosco, lui qui s’est heurté aussi à ces deux mêmes ennemis qui empêchent de grandir, qui ne sont pas dans la vérité de la relation et qui peuvent exister en chacun de nous : les scribes et les esprits impurs.
1. Jean Bosco a grandi sous le regard bienveillant de nombreux guides qui lui ont permis de répondre à cet appel entendu si jeune : « Plus tard, je serai prêtre, mais pas comme tous ces prêtres loin des jeunes, qu’on n’ose pas approcher, qui se font respecter par la crainte et la peur ». A l’image de ces scribes, tous ces partisans du « fais ce que je dis, mais pas ce que je fais ». Qui séparent les grands discours de théologie du service fraternel, qui disent rencontrer Dieu dans les livres et les édifices religieux sans le toucher dans l’instant de la rencontre avec le petit, le jeune, le pauvre, le malade, le prochain qui est à notre côté et qui en a le plus besoin, …
2. Ce prêtre-éducateur de Turin n’avait pas que des amis. Il avait entendu tant de fois de la part de certaines autorités civiles et ecclésiastiques : « Que nous veux-tu, Jean Bosco des Becchi ? Es-tu venu pour nous perdre avec ta bande de jeunes ? » A l’image de ces esprits impurs, ceux qui sont obligés de CRIER (comme le dit 2x l’Evangile) pour asseoir leur soi-disante « autorité », ceux qui casent dans des étiquettes, qui rangent dans des tiroirs ou des prisons, qui limitent la personne à ses actes, qui pensent connaître avec leur tête, mais qui ne sont pas dans la vérité de la relation.

Comme nous l’avons vu dans la scénette du choléra, ô combien actuelle dans le contexte de crise sanitaire que nous traversons, goûtons encore à cette nouveauté d’un Dieu qui ne cesse de déchirer nos certitudes et nos routines en faisant taire et sortir de nous les scribes et les esprits impurs qui nous habitent encore … L’épisode du choléra et toute la vie de Don Bosco, en écho à l’Evangile de ce matin, nous invitent à 2 choses :

1. Faire taire les scribes : Dieu a définitivement déchiré les cieux pour voyager sur cette terre en partageant notre chair humaine. Et le jour où Jésus meurt sur la croix, c’est aussi le voile du temple qui se déchire en deux, pour nous ouvrir la route de la Vie en Dieu dès ici-bas. Il n’y a plus de jour « sacré » ou de fonction « sacrée », mais chaque jeune, chaque être humain est une histoire sacrée ! Il n’y a plus de lieu sacré, séparé de notre vie quotidienne pour y confiner le Saint de Dieu, mais l’Esprit habite en chacune et chacun. Jean Bosco a de nouveau pris une belle leçon de KT lorsque Maman Marguerite, par son geste, a rappelé que nous rencontrons le même Christ sur le drap de la table de l’autel qui accueille le Pain de l’Eucharistie ou sur le drap qui soigne le visage du frère ou de la sœur malade, faible, souffrant. Lorsque la robe de mariée – quoi de plus précieux pour traduire l’amour entre deux personnes ? – devient la nappe d’autel qui accueille l’Amour de Dieu. Le linge qui enveloppe le nouveau-né de la crèche peut servir pour essuyer les pieds des disciples au dernier repas. Le tissu qui soulage le visage du condamné ou qui couvre le crucifié peut être replié pour laisser place au Ressuscité. Dans sa relation profondément ancrée dans le Christ, Don Bosco tissait avec chaque jeune cette relation unique de qualité et, en accueillant chacun, il accueillait le Christ lui-même ! Quelle belle nouveauté ! Quelle bonne nouvelle ! Quelle espérance !

2. Faire sortir les esprits impurs : « Des jeunes au service des malades ? Ils vont encore me prendre pour un fou… » Combien parmi ces jeunes volontaires pour soigner les malades du choléra avaient été recueillis par Don Bosco à leur sortie de prison ou dans la rue à traîner et à faire les 400 coups pour passer le temps ? « En chaque jeune, y compris le plus difficile, il y a toujours un point accessible au bien. Tout l’art de l’éducateur, c’est de parvenir à le découvrir et à le faire résonner … » Lorsqu’un jeune rencontre la confiance d’un adulte ou d’un autre jeune qui éveille le meilleur de lui-même, des miracles se vivent. Lorsqu’un jeune est accueilli tel qu’il est avec bienveillance dans un climat de fraternité, d’espérance et de joie, les puissances destructrices qui l’habitent, qui peuvent « entraîner sa perte » et qui l’éloignent de la vie peuvent être chassées. Il se voit alors entraîner dans un élan de sainteté. Oui, chacune et chacun est un « bel habit à offrir au Seigneur » qui a besoin de rencontrer des tailleurs sur leur chemin de vie et dans l’atelier du Créateur. Quelle belle nouveauté ! Quelle bonne nouvelle ! Quelle espérance !

Don Bosco aimait rappeler à ses éducateurs : « Un salésien ne gémit jamais sur son temps ». Alors, dans le contexte difficile de crise sanitaire que nous traversons, continuons à vivre sans cesse cette belle nouveauté, cette Bonne Nouvelle, cette Espérance : « Eduquer en évangélisant ; évangéliser en éduquant ». A la suite de Jésus, à la manière de Don Bosco, nous sommes encore invités à « faire autorité » … Quels seront aujourd’hui nos mots d’espérance et nos gestes audacieux de fraternité, non pas pour « dire » Dieu, mais pour « vivre Dieu » ? Avec nos mots et nos gestes humains, maladroits et incertains, soyons chacune et chacun « signes et porteurs de l’Amour de Dieu » (Don Bosco). N’est-ce pas cette autorité dont les jeunes ont le plus besoin aujourd’hui ?

 

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